- Sciences et Société
Les cartes, un outil d'aide... ou d'influence ?
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Le 01 août 2026false false
Les cartes sont partout dans la planification maritime. Elles servent à localiser les zones de pêche, identifier les emplacements des futurs parcs éoliens, protéger les espaces naturels ou encore organiser les activités en mer. Elles donnent souvent l'impression de représenter une réalité objective. Pourtant, une étude récente menée par des chercheurs de Nantes Université (Davret et al., 2026) montre que les cartes ne sont jamais neutres : leur conception et leur présentation influencent directement la manière dont elles sont comprises... et les décisions qui en découlent.
Les cartes sont partout dans la planification maritime. Elles servent à localiser les zones de pêche, identifier les emplacements des futurs parcs éoliens, protéger les espaces naturels ou encore organiser les activités en mer. Elles donnent souvent l'impression de représenter une réalité objective. Pourtant, une étude récente menée par des chercheurs de Nantes Université (Davret et al., 2026) montre que les cartes ne sont jamais neutres : leur conception et leur présentation influencent directement la manière dont elles sont comprises... et les décisions qui en découlent.
Dans le cadre de la planification spatiale maritime, les cartes constituent un support essentiel de discussion entre les nombreux acteurs concernés : État, collectivités, pêcheurs, armateurs, ONG, industriels ou encore scientifiques. Elles permettent de partager une vision commune d'un territoire complexe, où de multiples usages coexistent.
Mais représenter la mer est un exercice complexe.
Pour mieux comprendre ce phénomène, Davret et al. ont organisé plusieurs ateliers réunissant une trentaine d'acteurs impliqués dans la planification maritime française. Sept cartes issues des Documents Stratégiques de Façade ont été analysées individuellement puis collectivement (voir figure 1).
Figure 1 : Structure et calendrier de l'atelier
Les résultats sont surprenants : Les cartes thématiques, centrées sur un sujet précis (comme la pêche ou le trafic maritime), sont généralement bien comprises par l'ensemble des participants. À l'inverse, les cartes dites "de synthèse", pourtant conçues pour offrir une vision globale, sont souvent interprétées de manière très différente selon les personnes. Il en résulte que plus une carte cherche à tout montrer, plus elle risque de perdre en lisibilité.
L'étude révèle également que deux personnes peuvent tirer des conclusions très différentes à partir d'une même carte. Les participants ayant une solide culture cartographique (SIG, géomatique, expertise technique...) cherchent naturellement à comprendre les données utilisées, leurs sources ou encore les méthodes de traitement. Ils questionnent la robustesse scientifique de la carte. À l'inverse, les personnes moins familières avec la cartographie accordent davantage d'importance aux éléments immédiatement visibles : le titre, les couleurs, la légende ou la mise en page.
Ces deux façons de lire une carte sont parfaitement légitimes. Elles conduisent toutefois à attribuer des niveaux de confiance différents au même document.
Une carte inspire souvent confiance parce qu'elle présente des informations de manière claire, précise et scientifique. Pourtant, cette apparente objectivité peut masquer de nombreux choix réalisés en amont : quelles données retenir ? Que représenter ? À quelle échelle ? Quelles informations laisser de côté ?
Autrement dit, une carte ne montre jamais toute la réalité.
Les chercheurs parlent ainsi de "l'autorité" de la carte : son pouvoir de convaincre et d'orienter les décisions, parfois sans que les utilisateurs aient pleinement conscience des choix qui ont présidé à sa construction.
Dans les ateliers, certaines cartes stratégiques étaient très peu remises en question, non pas parce que leur contenu était mieux compris, mais parce que leur présentation leur conférait une forte légitimité.
Cette étude invite donc à regarder les cartes autrement.
Cette réflexion souligne l'intérêt d'associer plus largement les usagers de la mer à la production des cartes elles-mêmes. En intégrant leurs connaissances de terrain dès la conception, il devient possible de construire des représentations plus partagées, plus transparentes et donc plus légitimes.
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Lien vers l’article : https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0016718526000990
Juliette Davret est docteure en géographie (Université de Nantes, 2023) et chercheuse postdoctorale à l’Université de Maynooth (Irlande).
Matthieu Noucher est directeur de recherche au CNRS (Laboratoire PASSAGES - UMR 5319 CNRS), France.
Brice Trouillet est professeur des universités à Nantes Université (Laboratoire LETG - UMR 6554 CNRS), France.
Profil de la première autrice
Après deux années de classe préparatoire (hypokhâgne et khâgne), Juliette Davret se passionne pour la géographie et décide de poursuivre ses études à l’Université de Bordeaux-Montaigne par une L3 histoire-géographie. À la fin de son master en géographie et aménagement à Nantes Université en 2019, elle se décide à continuer dans le milieu académique et entame une thèse au sein du laboratoire LETG sous la direction de Brice Trouillet. C’est au cours de son parcours universitaire que Juliette s’intéresse à différent domaines, notamment les critical data studies, la géographie numérique et les science and technology studies.
Aujourd’hui post-doctorante à l’Université de Maynooth en Irlande au sein du projet Data Stories, elle étudie les relations de pouvoir dans la planification et la gouvernance à travers les informations géographiques utilisées et produites, et cela dans le but d’adresser la crise du logement qui touche Dublin notamment.
« J’ai eu une très bonne expérience de collaboration avec la Chaire maritime, notamment avec Sarah Petrovitch avec qui nous avons mis en place une série d’ateliers participatifs entre 2020 et 2022 qui ont nourri mes recherches doctorales. »